prévisions à "design patterns",
bien que toutes les soient trois orthogonales, tandis que la programmation
extrême est une stratégie de projet. Cependant, l'histoire
a montré que la maîtrise de certaines tactiques modèle
fortement la stratégie qui, à son tour, redéfinit les
possibilités tactiques. Les grands polémologues n'ont-ils
pas toujours éclairé leurs exposés sur la stratégie
par des exemples tactiques. Ainsi, issues d'un même mouvement de fond
dont on peut faire remonter l'origine aux années soixante avec Simula
et Smalltalk, les quatre approches se renforcent mutuellement et présentent
des points communs dus à leur héritage culturel commun. Parce
que la programmation extrême est historiquement marquée par
Smalltalk, les fondateurs de cette approche ont culturellement recours aux
composants et aux "design patterns" sans même se poser la question.
Kent Beck est d’ailleurs l’auteur d’un ouvrage sur le
domaine. La communication y joue un rôle prépondérant
en synchronisant les projets, non seulement dans le temps mais aussi dans
l'élaboration de composants qui s'enrichissent au bénéfice
de la communauté en servant les besoins à court terme. La programmation extrême est en de nombreux points opposé au fordisme en vigeur en |
informatique. C'est en effet une certaine volonté empreinte de fordisme d'industrialiser la création informatique qui pousse le spécificateur à découper un projet en morceaux facilement identifiables et définis avec la plus grande minutie. Celui-ci se donne l'illusion d'un contrôle parfait de son projet. C'est pourtant oublier deux choses : le fordisme est parfaitement adapté à la production en série, ce qui n'est pas le cas en informatique et les tâches répétitives sont généralement adaptables dans le temps. Au delà, le fordisme tente de retirer l'initiative aux exécutants. Au contraire, la programmation extrême recommande que les exécutants gardent suffisamment d'autonomie pour redéfinir eux mêmes leur projet à mesure de son avancée. Avec la programmation extrême le spécificateur perd le contrôle a priori de "son" projet. Est-il prêt à céder son pouvoir aux équipes de terrain? Ce n'est de toute façon pas à lui de prendre la décision mais au stratège. Cependant, à l'instar des empereurs de l'Alliance et de leurs généraux en cette fin d'année 1805, le stratège adore les plans magistraux qui font fort effet sur une carte ou sur une présentation électronique. Avec un tel constat, la programmation extrême a-t-elle une chance de s'imposer? La sélection naturelle des entreprises les plus agiles imposera la meilleure stratégie, jusqu'à ce que quelques échecs, réalité de toute l'activité humaine, viennent refroidir l'ardeur des conquérants... Ces derniers se protégeront alors derrière des |
études complètes en se rassurant
comme les équipes du projet Edsel de Ford: "nous avons tellement
étudié tous les détails, nous avons tout prévu,
nous avons tellement investi que nous ne pouvons pas nous tromper". Bien qu'américain, c’est surtout en Suisse que Kent Beck expérimentra
la puissance de l'évolution progressive qu’il retraduira dans la
programmation extrême. Serait-ce le même air qui avait permis,
il y a bientôt deux cents ans, à Henri de Jominy,
suisse et membre de l'état major de l'empereur, de produire des
analyses analogues dans les ouvrages de référence
sur la stratégie qu'il publiera par la suite? 1 Extreme programming explained, Embrace Change. Kent Beck. Addison Wesley. 2000. 2 Laurent Siklossy, Proceedings CECOIA 1, éditeur Jean-Louis Ross.« Une situation a d’autant moins d’attrait que l’effort pour l’atteindre a été grand »Le 4 septembre 1957, Ford Motors Co. lança la voiture qui devait devenir le modèle T des années 60. Une étude marketing définit la voiture qui plairait à toutes les familles américaines, une usine fut spécialement construite et la voiture fut baptisée Edsel, du nom du fils d’Henri Ford récemment décédé, y ajoutant un investissement affectif. Le lancement fut un fiasco mais étant donné l’ampleur des investissements nul ne put accepter l’erreur. Le salut semblait se trouver dans des campagnes de marketing encore plus importantes et des modifications toujours plus coûteuses, jusqu’au jour où il fallut se résoudre à abandonner le projet… 3 Temps réel : prise en compte par un programme de tous les événements dans un délai compatible avec les besoins de l’application. 4 Vivek Ranadivé, The Power of Now, Mac Graw Hill, 1999. 5 Smalltalk Best Practice Patterns, Kent Beck, Prentice-Hall ECS Professional, October 3, 1996. 6 Henri de Jomini, Précis de l’art de la guerre, 1837, réédition Lebovici 1977. |
| Copyright Hugues Sansen Juin 2000 p4/4 |
||
| page 3 | ||